[Film] Mega Shark vs Crocosaurus

mega-shark-vs-crocosaurusQuelle incroyable trouvaille Plumy a-t-elle fait au détour d’un bac de soldes ! Un film méconnu à la jaquette évocatrice d’un haut niveau de classitude à un prix dérisoire ? comment résister ! Un bol de pop-corn, un bon fauteuil, et nous sommes prêt pour l’aventure cinématographique de notre vie…

Je n’aime pas spoiler les films dont je parle, mais je ne résiste pas à l’envie de détailler un peu le contenu intensif de ce film. Tout commence au fin fond du Congo, dans une mine de diamant  où des esclaves noirs sont maltraités par un cruel blanc. Et alors qu’on s’attendait classiquement à une mise en place de l’intrigue, du background, pour situer le spectateur, le réalisateur prend magnifiquement le contre-pied en faisant entre en scène un crocodile géant sans artifice ou suspense déplacé. Un crocodile à la démarche handicapée (étoffant le background et la complexité du monstre) qui va dévorer le méchant blanc, dans une symbolique bien trouvée.
Saut dans l’espace, et nous retrouvons un chercheur black travaillant sur un projet technologique avant-gardiste : un appareil permettant d’envoyer des ondes sonores sous l’eau sur des milliers de kilomètres pour attirer les requins. Saluons au passage l’accessoiriste décor qui ne cède pas à la facilité d’un style épuré dépouillé de charisme et va donner à la machine l’allure d’un panier à homard avec deux tuyaux à l’intérieur.

double salto arrière et coup de nageoire plongeant dans ta face !

double salto arrière et coup de nageoire plongeant dans ta face !

Un beau pied de nez à la dictature du modernisme. Quelques dialogues intenses s’enchaînent entre le chercheur et l’amiral du bateau, nous apprenant à la fois l’enjeu de ses recherches, à savoir capturer un requin géant, le Megalodon, et nous faisant subtilement comprendre qu’il l’a déjà affronté lors d’un premier épisode réunissant le requin géant et une pieuvre préhistorique. Ô frustration dévorante que d’apprendre l’existence d’un pré-quelle qui nous a échappé et peur de de ne pas saisir toute la subtilité de ce film, n’en connaissant pas les fondements. Heureusement que les scénaristes ont su rendre l’oeuvre accessible indépendamment à tous les publics.

Mais foin de réflexion, car l’action revient à grand coup de nageoire ! Mega Shark attaque le navire ! Se propulsant par-dessus le bâtiment, il assène de grands coups de nageoire caudale détruisant les tourelles de défense et dévastant les rangs militaires. Seul le chercheur échappera au massacre, perdant au passage sa fiancée dans un face-à-face émouvant de quelques secondes. Nous évitant de sombrer dans la tristesse de cette perte, l’histoire retourne au Congo où une femme d’affaires aimant le challenge puisqu’elle porte des talons-aiguille même dans la cambrousse, vient rencontrer dans un bar pittoresque un aventurier de l’ultime.

le chasseur ténébreux, la femme militaire frigide et le chercheur black cartésien... fine équipe !

le chasseur ténébreux, la femme militaire frigide et le chercheur black cartésien… fine équipe !

Un homme ténébreux dont le plissement d’yeux face au lointain comme au près témoigne de son expérience de baroudeur qui en a vu d’autres. Usant avec finesse de petites blagues provocantes soulignant son caractère joueur, il accepte le job de chasser le crocodile géant qui a dévasté la mine de diamant.

L’affrontement est bref et si la jeune femme d’affaires est rapidement boulottée grâce à la technique du sucre sur le museau bien connu des chiens dressés, le héros se fait volontairement gober par le monstre pour lui administrer un somnifère foudroyant dans les gencives. Fier de son trophée de chasse de 450m de long, les créateurs du film vont dès lors déjouer subtilement les problèmes logistiques compréhensibles du traitement d’une telle bête en faisant changer sa taille en fonction des plans et des besoins. Le crocodile est donc chargé sur un semi-remorque de 15 mètres puis sur un bateau d’un peu plus de 100 mètres dont il couvre toute la surface. Mais le bateau n’arrivera jamais à destination, car l’attaque inopinée du Megalodon va réveiller le crocodile et menacer le navire de couler. Le héros va donc couper avec son canif fétiche la cordelette en chanvre qui retenait la bête attachée. Le crocodile plonge dans l’océan, retrouve au passage sa taille de 450 mètres, et les survivants du bateau se mettent immédiatement à l’abri en plongeant avec les deux monstres géants dans l’océan.

Je suis Crocosaurus le Grand ! Agenouillez-vous devant moi ! Mwahahahaha...

Je suis Crocosaurus le Grand ! Agenouillez-vous devant moi ! Mwahahahaha…

Conscients de la menace que représentent ces deux énormes créatures, le chercheur et le chasseur vont devoir faire équipe sous les ordres de l’Amiral, pour éliminer la menace, mais aussi les centaines d’oeufs que le Crocosaurus est en train de pondre un peu partout. D’autant que ces mêmes oeufs attisent la faim de Mega Shark qui en ferait bien son repas, mettant ainsi la mère Crocodile très en colère… un affrontement en triangle où tout peut basculer à chaque instant !

Mais les humains sont désavantagés, car s’il est déjà difficile de combattre un requin faisant la taille d’un navire de guerre, le Mega Shark à également la capacité de changer de taille et une fois sous l’eau, son aileron dorsal dépassant de l’eau fait 3 fois la taille des bateaux en question… décontenancés par ces constatations, les humains vont lancer une procédure originale. Poussant à fond l’intensité électrique d’une centrale nucléaire se trouvant à quelques centaines de kilomètres, ils vont ainsi créer un arc électrique entre la centrale et la ville qu’est en train de dévaster le Crocosaure handicapé. Une manœuvre qui aurait pu être dangereuse pour les habitants dont la foule de 6 personnes s’enfuit heureusement en courant. Le crocodile s’enfuit à nouveau dans la mer et les militaires vont tenter cette fois-ci d’attire et de piéger le requin géant dans une des écluses du canal de Panama. Mais la fureur de la nature est incontrôlable et la bête s’enfuit à nouveau dans l’océan.

Enfin, les deux héros avancent de concert face à l'adversité... mais au ralenti !

Enfin, les deux héros avancent de concert face à l’adversité… mais au ralenti !

Un sous-marin tente d’échapper au squale mais se fait gober d’une bouchée. Métaphore animale et mécanique de la fellation en gorge profonde, l’allusion frivole n’est faite que pour contraster avec la lourdeur des conséquences de l’événement… Le requin géant, ayant avalé le sous-marin, est désormais nucléaire !

Impossible désormais de tuer le monstre près des côtes habitées. Que des milliers de personnes meurent dans l’affrontement, passe encore, mais pas plus. De plus, des milliers d’œufs de Crocosaure s’apprêtent à éclore autour d’eux. Bon sang, si seulement, ils pouvaient trouver des oeufs de Crocosaure pour attirer le requin… Rah, tant pis, ils ne peuvent plus compter que sur la machine expérimentale du chercheur, sur lequel ce dernier semble appliquer quelques modifications de dernière minute avec sa clef à molette. Tout est prêt, et nos héros peuvent désormais courir au ralenti sur une musique dantesque, tout en plongeant pour esquiver les attaques des bébés crocodiles premiers-nés. Grimpant sur un canot pneumatique, il se positionnent au dessus d’un volcan sous-marin et déploient l’appareil à ultra-sons. Le requin attiré et la maman crocodile défendant ses petits s’affrontent une dernière fois dans un combat sous-marin gigantesque et le chercheur peut enfin dévoiler son ultime atout : il a rendu son appareil explosif et déclenchable à distance avec une télécommande ! Et il appuie sur le bouton fatidique au moment où son appareil sombrant dans l’océans rentrait dans l’embouchure du volcan sous-marin. L’explosion déclenche une éruption de lave qui submerge totalement toutes les créatures monstrueuses et sauve ce qui reste de Miami. Une petite punchline mémorable (« j’vais prendre une douche ! ») et le spectacle est terminé, nous laissant conquis par un tel exemple de maîtrise cinématographique.

le périph est toujours bouché à cette heure-ci !

le périph est toujours bouché à cette heure-ci !

Que dire de plus après tout ça ? Je pourrais encore saluer les effets spéciaux sous After Effect qui doivent faire rougir de honte James Cameron et son Avatar, ou l’habile dualité des deux héros, symbolisant l’affrontement perpétuel entre technologie et anciennes traditions qui trouvera sa voie dans l’acceptation des atouts de chacun pour avancer main dans la main. Un message touchant et qui fait réfléchir…
Je pourrais aussi parler de la narration talentueuse en multi-élipses ne laissant aucun répit à une banale compréhension de l’histoire. Un rythme épileptique brouillant tous les indices et occultant avec génie tous les passages logiques qui entraîneraient une cohérence de mauvais goût. Ou enfin la petite séquence propre à chaque personnage où le réalisateur met en avant un détail anecdotique (le cigare que l’amiral veut fumer, la montre offerte par la fiancée du chercheur…) créant ainsi une profondeur sans égale à des personnages sans pour autant alourdir la mise en scène de plus de 10 secondes.
De nombreuses preuves de talent et de modestie puisque le générique met en avant les nombreux stagiaires et assistants de l’équipe. Une générosité à l’image du film, qui nous restitue tout le plaisir des grandes productions des années 80 en 2010. Un oeuvre magistrale que tout amateur de cinéma se doit de savourer entre amis.

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1 commentaire

Classé dans Article par Edward, Film

Une réponse à “[Film] Mega Shark vs Crocosaurus

  1. Comme quoi fouiller dans les bacs de solde, ça rapporte ! Je suis vraiment super contente d’avoir put voir une perle comme ce film, et puis surtout tout ce discours sur la dualité nature / culture etc, un grand classique de la philosophie qui fonctionne tellement bien… Je trouve même qu’il y a une volonté évidente, à travers les effets spéciaux quelque peu retro, de ramener le spectateur à ce qu’il est, à savoir pas grand chose, face à la nature : Toujours imitée, jamais égalée… Le message philosophique de ce film est extrèmement profond et complexe et je pense qu’il vaudrait mieux rédiger une thèse sur le sujet plutôt que d’en discuter comme ça… dans tous les cas, un must à voir, vraiment.

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