[Jeu] Hotline Miami

Hotline-Miami-VitaUn appartement miteux, envahi par les mouches et une obscurité pesante. Un endroit inconnu et qui à la fois semble familier. Quelques pas et on tombe face à trois silhouettes, trois hommes à tête d’animaux : un coq, un cheval et un hibou. Leurs regards sont perçants et troublants et leurs paroles complètement incohérentes. Pourtant cet endroit et ces personnes nous semblent très importantes et nous intriguent. Mais déjà l’obscurité nous enveloppe et on disparaît.

Réveil difficile dans un appartement, le nôtre cette fois-ci… enfin, je crois. Difficile d’être sûr de quoi que ce soit avec cette musique psychédélique autour de nous. A croire qu’on joue sous LSD !

Pas d’objet à ramasser, pas d’action à faire, seul le répondeur du téléphone nous attire. Dessus, un message bien familier et inconnu à la fois qui nous demande un coup de main, tout ce qu’il y a de plus banal. On monte dans la voiture en bas de l’immeuble et c’est parti.

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Un coq qui a le chic pour troubler avec des propos incohérents et des questions qui font cogiter…

Arrivé à l’adresse indiquée, on enfile un masque de coq plutôt morbide, on fait quelques pas dans l’immeuble et des inconnus en blanc nous éclatent à coup de couteau et de batte de baseball. Ok, ça doit être des méchants… Il faut donc tirer le premier, mais pas d’armes dans la voiture. La loi du plus fort donc.

On ouvre la porte et on fonce sur le premier d’entre eux pour l’assommer et lui piquer sa batte, et dans l’action, on se surprend à lui exploser le crâne pour l’achever au sol, histoire qu’il ne se relève pas. Déjà, ses potes se ruent sur nous et l’instinct prend le relais. On frappe à grand coup de moulinets, fracassant les boites crâniennes et faisant jaillir des litres de sang d’un rouge écarlate. Les cadavres s’accumulent au fil de notre avancée vers un but inconnu et sans autre motivation que cette frénésie de tuer avant d’être tué. Une fois la place nettoyée et ne trouvant pas d’objectif particulier à remplir, on fait chemin arrière pour retourner à la voiture. Et l’on enjambe tous ces cadavres, fruits de notre accès d’adrénaline, toujours accompagné par cette musique hallucinatoire et obsédante. Enfin, la voiture, et partir de cet enfer.

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Les corps ne disparaissent pas, obligeant à enjamber sans cesse les cadavres

Une halte au snack du coin pour se faire offrir un truc à manger par le gérant alors qu’il commente l’insécurité de la ville, puis la journée s’achève. Et on se réveille à nouveau dans cet appartement crasseux qui est le nôtre, trouvant ça et là une coupure de journaux parlant d’une boucherie sanguinaire perpétrée par un homme au masque d’animal. On fait les gros titres sans même savoir pourquoi. Qui est cette personne qui nous a donné rendez-vous dans ce lieu sanguinolent ? A-t-on agi de notre plein gré ou nous sommes-nous fait manipuler ? Est-on un tueur à gages conscient de nos actes ou sommes-nous en plein trip provoqué par des stupéfiants ? Peut-être est-on tout simplement un fou dangereux laissant parler ses pulsions ? Je n’arrive pas à savoir, je n’ai pas assez d’informations… à part ce répondeur téléphonique qui m’attire à nouveau. Une nouvelle personne familière et inconnue, un nouveau rendez-vous pour une nouvelle raison. Si je veux comprendre, je dois avancer. J’y vais.

Une femme en pleurs et nue trouvée au milieu des cadavres... début d'autres interrogations.

Une femme en pleurs et nue trouvée au milieu des cadavres… début d’autres interrogations.

Petit jeu qui joue dans la cour des grands
Une ambiance et des sensations qu’on aurait fortement tendance à voir traduit de nos jours par des graphismes réalistes offrant des visages très expressifs, une mise en scène cinématographique rythmée et donc un gros budget. Eh bien, au contraire. Hotline Mimai fait fi de ces attentes et joue la carte de la simplicité avec intelligence pour nous toucher viscéralement.

Des graphismes en pixel art vus de haut avec des couleurs flashy et changeantes (et des oscillations de l’écran ou autres flash augmentant les sensations épidermiques du joueur), des dialogues écrits plutôt rares tout comme les cinématiques, juste notre ressenti face à nos actions. Et c’est tellement efficace, bon sang !

Le gameplay est on ne peut plus simple : les deux joysticks pour se déplacer et orienter la visée, un bouton pour ramasser/lancer les armes et un pour tirer. La seule « nuance » avec laquelle il faudra composer pour s’en sortir plus efficacement est le bouton de ciblage des ennemis. Une simple pression visera l’ennemi le plus proche, mais on peut aussi cibler volontairement un ennemi plus lointain pour gérer plus efficacement son action et se donner des priorités d’élimination.

Les morts seront très fréquentes... d'un côté comme de l'autre !

Les morts seront très fréquentes… d’un côté comme de l’autre !

La jouabilité est vive et jouissive malgré quelques petites approximations et autres bugs ça et là. Et la difficulté plutôt élevée vu que les ennemis réagissent au quart de tour. Tirez une balle à côté et c’est la mort assurée. Hésitez une demi-seconde entre tuer l’un ou l’autre et c’est votre mort qui arrivera en premier. Mais pourtant, peu de frustration au rendez-vous car on ressuscite instantanément au checkpoint et on y retourne. Et quand enfin, on réussit à tuer tous les gardes de l’étage en une seule fois, la sensation de violence acharnée prend tout son sens. L’ambiance est malsaine à souhait, jouant avec nos émotions. On est partagé entre la satisfaction d’avoir tué tout le monde et bien scoré, et l’horreur du spectacle sanguinolent qui nous entoure et dont on ignore la motivation ou si elle est justifiée. Quand on est un héros, on sait que c’est pour la justice. Quand on est un malfrat, on sait que c’est notre job. Mais quand on ne sait rien, c’est juste troublant, et Hotline Miami réussit à déstabiliser le joueur bien plus avec des tâches de pixels rouges (même si on comprend tout de même les éviscérations, les yeux crevés, les crânes fendus ou éclatés et autres barbaries, l’imagination complétant très bien la simplicité des quelques pixels aperçus), que n’importe quel Call of Duty et ses cinématiques choc.

Ouais, mais bon, ils l'avaient sûrement mérité... pas vrai ?

Ouais, mais bon, ils l’avaient sûrement mérité… pas vrai ?

Le jeu va de plus ne pas se contenter de cette seule sensation pour enchaîner les niveaux. De nombreux détails apporteront non pas des réponses dans un premier temps, mais de nombreuses pistes pour notre réflexion. Les théories vont bon train dans le cerveau alors même qu’on est en train de buter des mecs à tout va. Ils ont réussi à nous faire intellectualiser des massacres, et ça c’est balèze. Et l’aventure finira tout de même après quelques heures de jeu (il est assez court, 5 ou 6 h de jeu à tout casser) par nous asséner quelques révélations bien senties et réellement surprenantes, donnant quelques réponses franches, et d’autres un peu plus floues laissant une part d’interprétation au joueur. Je regrette juste la toute dernière révélation qui, bien qu’originale, n’est pas aussi efficace et poignante que le twist principal de l’histoire.

A noter qu’il sera également possible de refaire les niveaux pour battre les records, améliorer son rang, débloquer de nombreux masques (chacun offrant une compétence spéciale), et trouver de nouvelles armes.

Un jeu simple et complet à la fois donc, réussissant, dans la droite ligne des jeux indé, à faire ressentir des choses vraiment uniques avec des graphismes simples et épurés et beaucoup d’intelligence. Un grand bravo aux concepteurs qui méritent largement le succès qu’ils ont eu. Et maintenant qu’en plus, le jeu est patché dans de nombreuses langues dont le français, aucune raison de se priver !

Hotline Miami

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Classé dans Article par Edward, Jeu Vidéo

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