[Jeu] Spec Ops : The Line

2268428-spec_ops_the_line_wallpaperEn bon gros cliché de garçon, j’ai écumé pas mal de jeux de guerre, et je continue aujourd’hui à chaque sortie de Call of Duty ou de Battlefield. Mais outre ces blockbusters promettant à chaque épisode des révolutions en terme d’immersion et d’émotion et qui au final misent surtout sur le spectaculaire, un nom est passé furtivement l’an dernier dans les bacs. Ce titre, c’est Spec Ops : The Line.

Un jeu qui n’a pas fait de résultats spectaculaires en terme de ventes et qui a donc été vite oublié dans les magasins malgré des critiques élogieuses parlant d’une expérience qui secoue vraiment.

le paysage est posé et juste grandiose...

le paysage est posé et juste grandiose… bienvenue à Dubaï !

Dubaï sous le sable.
Directement plongé dans le feu de l’action, on se retrouve dans la peau du chef d’unité Walker, de la Delta Force et de ses deux subordonnés, Lugo et Adams. Envoyés en mission de sauvetage dans un Dubaï des plus surprenants. En partie recouverte par des tempêtes de sable d’une violence jamais vue (allant jusqu’à recouvrir entièrement certains immeubles), cette ville riche s’est retrouvée en état de crise. Et alors que le 33ème régiment américain a été envoyé pour aider l’évacuation et calmer les pillages et autres hystéries collectives, le contact a été rompu. Walker et ses hommes sont là pour y voir plus clair.
Mais l’accueil est plutôt brutal, et c’est une véritable guerre civile qui les attend, entre les pillards et l’armée américaine. Du moins à ce qu’il paraît au premier abord.

Et le service d'accueil annonce l'ambiance clairement avec des décorations de lampadaire très inspirées...

Et le service d’accueil annonce l’ambiance clairement avec des décorations de lampadaire très inspirées…

Car dans Spec Ops : The Line, impossible de se fier aux apparences. Très vite, on commence à douter des camps et de leur motivation. Les pillards semblent vouloir protéger le peuple, mais dans ce cas pourquoi s’opposer à l’évacuation américaine ? Et pourquoi une partie du 33ème régiment semble vouloir nous empêcher à tout prix d’approcher de la ville ? Et enfin pour quelle raison découvre-t-on que des agents de la CIA sont également sur le terrain ?

Un beau bordel dont il est impossible d’en comprendre les tenants et aboutissants à ce stade de l’aventure. Sauf que sur le terrain, de nombreuses personnes nous tirent dessus et voudraient nous faire passer l’arme à gauche. Dès lors, il va falloir riposter pour rester en vie… mais en tuant qui ? Les renégats ? Les américains ? Les civils, même ?

Les gunfights sont sans cesse alternés avec des visions morbides et cruels de gens torturés ou exécutés.

Les gunfights sont sans cesse alternés avec des visions morbides et cruels de gens torturés ou exécutés.

C’est dans ce contexte complètement flou que toute la puissance de ce jeu se fait sentir. Impossible de savoir où est le bien et où est le mal, ou d’être sûr de quoi que ce soit. On doit décider de prendre la vie de centaines de personnes sans même savoir si c’est justifié. On panique, on improvise, et on se cache derrière l’excuse du « c’était eux ou nous ». Mais au final, on avance encore et toujours vers la recherche de la vérité, en accumulant les cadavres pour savoir simplement si ça valait le coup, pour avoir une réponse, pour ne pas avoir tué autant pour rien.

Jamais dans aucun jeu de guerre à ma connaissance, le malaise du soldat qui tue sans vraiment savoir pourquoi n’a été aussi palpable. Les scènes atroces s’enchaînent, et les charniers que l’on traverse sont nombreux. Certains étaient là avant qu’on arrive, d’autres ont été créés de notre main. Et on ressent foutrement bien ce que peux ressentir Walker.

Les charniers de civils que l'on traverse sont particulièrement durs, exhibant de nombreuses victimes du phosphore blanc, une arme chimique qui ronge la peau.

Les charniers de civils que l’on traverse sont particulièrement durs, exhibant de nombreuses victimes du phosphore blanc, une arme chimique qui ronge la peau.

A la limite de la nausée, envahi d’une part par le dégoût et de l’autre par la colère de se savoir manipulé, on se sent piégé, on veut rejeter la faute sur tous les personnages qu’on va croiser. Mais après chaque bataille, chaque affrontement, les faits sont là : c’est avant tout notre faute. C’est nous qui avons appuyé sur la gâchette, tuant ces hommes, ces femmes et même ces enfants.

Spec Ops : The Line est un jeu qui fout une claque, une vraie et se paie en plus le luxe de quelques rebondissements surprenants et d’une fin au double sens toujours aussi cruel pour les émotions. Rien n’est blanc, rien n’est noir chez les hommes. Mais de la guerre ne sort au final que de l’horreur.

Le seul côté positif des attaques au phosphore blanc, c'est que c'est très joli visuellement... c'est déjà ça^^"

Le seul côté positif des attaques au phosphore blanc, c’est que c’est très joli visuellement… c’est déjà ça^^ »

Plein la gueule !
Mais ne croyez pas pour autant que la narration et l’ambiance ont été fait au détriment du visuel et du spectaculaire. Car tout le jeu est magnifique. Les tempêtes de sable couvrant nos gunfights, le contraste entre les dunes et les immeubles luxueux brillants de mille feux, les points de vue vertigineux du haut de ces immeubles… Un contexte totalement splendide et impressionnant offrant de sacrées possibilités en terme de cascades et d’action pure. Poursuite en hélico, dégringolade d’un immeuble, explosion de vitres pour laisser le sable envahir la zone et submerger les ennemis, descente en tyrolienne, etc… L’ensemble est varié, haletant, et pas ennuyeux pour deux sous. Avec une dizaine d’heures de jeu et la motivation certaine d’en faire une seconde partie pour essayer d’autres choix, le jeu tient ses promesses.

Se battre dans les immeubles dévastés et envahis par le sable est super classe !

Se battre dans les immeubles dévastés et envahis par le sable est super classe !

Mais alors pourquoi ce jeu n’a-t-il pas fait un carton ? A cause d’une seule chose à mon avis : le système de couverture. Se cacher derrière une barricade, tirer de sa cachette, en jaillir pour courir à une autre cachette… toutes ces actions sont catastrophiques ! Et c’est tellement rageant à constater… Les développeurs ont choisi de faire des actions contextuelles pour ces actions plutôt qu’un bouton dédié à temps plein. Résultat, On arrive pas à se cacher car on était trop sur l’angle d’un talus ou mal incliné, on trotte tranquillement au lieu de courir comme un dératé, et on se trouve interrompu dans nos actions sans cesse. Et chacune de ces erreurs est en général sanctionnée par la mort du personnage, criblé de balles pendant qu’il galérait à faire ce qu’il voulait.

Un bouton est dédié au ciblage d'un ennemi pour que nos coéquipiers lui tirent dessus... une option très anecdotique vu que quitte à le viser, autant tirer et le tuer soi-même...

Un bouton est dédié au ciblage d’un ennemi pour que nos coéquipiers lui tirent dessus… une option très anecdotique vu que quitte à le viser, autant tirer et le tuer soi-même…

Pour vous donner une idée, j’ai joué en mode de difficulté normale, et j’ai dû mourir, je sais pas… une bonne cinquantaine de fois… ce qui est correct. Mais sur ces 50 fois, je pense sincèrement qu’une bonne quarantaine était due à une erreur de jouabilité. Une putain d’action qui ne voulait pas se déclencher quand on le voulait, ou qui n’était pas celle qu’on voulait. Rien de pire pour agacer et gâcher le plaisir des gunfights.

Parce qu’à côté de ça, tout le reste est de bonne qualité. Les sensations de tir sont agréables, l’IA des ennemis moyenne mais correcte, le level design très inspiré, les vagues ennemies ne sont pas illimitées permettant une vraie sensation d’avancée et de mort, les dialogues bien écrits et plein de charisme, les personnages intéressants, non, tout va bien… sauf ce système de couverture pourri ! Et c’est malheureux parce que ça a dû rebuter pas mal de monde.

Les tensions dans l'équipe crées par les horreurs traversées sont intenses et sonnent juste.

Les tensions dans l’équipe crées par les horreurs traversées sont intenses et sonnent juste.

Dans les qualités, il est aussi important de souligner que l’ambiance sonore est totalement géniale ! Pas que les thèmes soient spécialement marquant ou orchestrés, mais tout simplement parce que la grande majorité des musiques d’ambiance sont des disques lancés par le DJ des rebelles qui se fout de votre gueule dans tous les hauts-parleurs de la ville. On se retrouve donc à mitrailler sur des fonds de musiques entraînantes, ambiance radio libres anglaises, sonnant bien mieux au final que les classiques musiques patriotiques des jeux de guerre. Et cela accentue également le malaise ressenti en massacrant des gens sur une musique enjouée.

De temps à autre, une tempête recouvre la zone, rendant la progression très difficile.

De temps à autre, une tempête recouvre la zone, rendant la progression très difficile.

En résumé, faut-il jouer à Spec Ops : The Line ? Oui, mille fois oui ! Quitte à jouer en mode facile avec la visée automatique pour mieux survivre aux moments de galère générés par la jouabilité, mais c’est clairement une aventure qui mérite d’être vécue.

Là où Call of Duty et Battlefield s’inspirent de films comme Il faut sauver le soldat Ryan, Pearl Harbor et autres blockbusters, Spec Ops : The Line sera lui comparables à des films plus intimistes comme les Rois du désert ou démineurs. Des histoires qui touchent, qui secouent et qui en plus ont franchement de la gueule. Et pour ceux qui ont toujours regardé les jeux de guerre comme un truc sans personnalité, où il n’y a pas d’histoire ou de feeling particulier, tentez l’expérience, car cela pourrait changer franchement votre vision des histoires de guerre. Bref, dans tous les cas, jouez-y !

spec ops

Le trailer est un peu trop hollywoodien et témoigne mal du traitement émotionnel du jeu, mais bon, ça montre un peu l’ambiance et les décors magnifiques :

Plumy okL’avis de Plumy :
On recherche tous quelque chose de différent quand on lance un jeu vidéo. Pour ma part, je recherche une expérience viscérale. Je veux ressentir des émotions fortes, je veux souffrir devant ma télé, je veux sortir de l’expérience changée ou avec l’envie de refaire le jeu pour y apporter un autre regard. Spec ops : the line m’a offert tout ça.

Les jeux « de guerre », c’est pas mon truc. Mais ce serait une injure de dire que Spec ops : the line est un jeu « de guerre ». C’est un jeu à histoire, qui prend place dans un contexte de guerre. Une histoire volontairement brouillée, ce qui ne m’a pas aidé à saisir les tenants et les aboutissements du scenario. J’ai une tendance à surinterpréter les choses qui rend paraît-il la description d’un film par ma personne fort cocasse. Mais en pratique, je suis surtout très frustrée quand je sens un scenario sans parvenir à l’attraper. Mais bon, Ed était dans le coin, il m’a fait un topo sur la CIA et tout ces trucs la, et c’est reparti !

Mais en fait même sans comprendre l’histoire, on voit bien que quelque chose ne tourne pas rond. Ces soldats envoyés en mission de reconnaissance potentiellement sauvetage qui ne cessent de tuer alliés et civils, non, quelque chose ne va pas du tout.

Je ne connaissais pas grand choses aux armes de guerre. J’ai découvert l’existence du Phosphore. Puis j’ai du l’utiliser pour attaquer. J’ai bien deviné que les formes blotties dans un coin n’étaient pas des soldats, mais comment faire autrement ? J’ai couru dans une allée, tirant sur une forme surgie d’un recoin sombre. Je vise mal, je l’ai ratée. Dieu merci : C’était une civile.

Les moments ou j’ai ressenti cet espèce de choc mental, à mi-chemin entre dégoût et effroi, on été nombreux dans ce jeu, et je ne vais pas tous les citer. J’ai conscience d’être particulièrement réceptive à tout ce qui est sentiments et ressentis, mais… Je pense qu’il est impossible de rester de marbre face à l’horrible situation décrite dans Spec ops : the line. Horrible parce que c’est réaliste, et que pourtant les décors prennent vite des allures d’univers post apocalyptique. Horrible parce qu’on veut bien faire, forcement, mais on a beau essayer, on ne fait que tuer. Horrible parce que… c’est la guerre.

Nous avons comparé nos expériences de jeu avec Ed. C’était très intéressant de voir nos réactions différer totalement à certains moments-clés du jeu. Il a fini par tirer sur des civils par vengeance. J’ai tiré en l’air pour les effrayer. La fin du jeu, lourde en révélation suite à un twist bien amené, offre plusieurs possibilités. Encore une fois, nos réactions vis-à-vis du personnage principal ont été bien différentes.

Je pense que ce jeu peut amener une expérience de jeu très différente pour chacun d’entre nous, et c’est en cela qu’elle est intéressante. Avec ces choix qui n’apportent rien au scenario, mais qui nous importent à nous, en tant que joueur investi dans le rôle du personnage principal. Alors certes on décroche un trophée pour marquer le coup – ou pas – mais ce n’est pas vraiment ça qui importe. Ce qui importe, c’est ce moment où on fait un choix, derrière son écran, et qu’on se sent concerné comme si on y était.

J’ai déjà vécue cette expérience. Dans Bioshock 2, j’ai longuement hésité à tuer ou ne pas tuer un personnage. Le studio 2K fait partit des crédits du jeu, je ne suis pas surprise.

Je salue au passage un mise en scène digne d’un film, très bien rythmé, des choix musicaux alternant entre musiques entraînantes qui créent un contraste violent et saisissant avec ce qui se déroule à l’écran, ou au contraire douloureuse à la guitare sèche quand on regarde la vérité en face. Visuellement également, il y a un travail graphique très poussé sur ce jeu : Les écrans de chargement sont de véritables œuvres d’art mouvantes. Chapeau bas d’avoir effectué de tels choix artistiques – traînées de peintures rushées etc – sur un jeu comme celui-ci.

Un vrai coup de cœur que ce jeu qui me laissera un souvenir douloureux certes, mais surtout poignant.

Publicités

2 Commentaires

Classé dans Article par Edward, Jeu Vidéo

2 réponses à “[Jeu] Spec Ops : The Line

  1. Ce jeu est mon petit coup de coeur de cet été! J’ai trouvé l’ambiance prenante et l’histoire vraiment très bien écrite. En film, j’avoue avoir beaucoup pensé à Apocalypse Now en jouant à ce jeu, surtout vers la fin.

    Après, hormis les problèmes de maniabilité, j’ai surtout trouvé le jeu très difficile (surtout que je l’ai fait en Mission Suicide et FUBAR) et très punitif. Le problème c’est que couplé avec des temps de chargements relativement longs, ça te donne vraiment l’impression de piétiner et un passage que ne devrait te prendre que 5 minutes et qui t’en prend le double, voir le triple.
    J’avoue mettre un peu énervé par moment (surtout sur le fameux chapitre 13 où tu es seul avec Adams) car se faire « one-shoter » alors que tu cours te planquer… Ca fait un peu chier!! ^^

    En tout cas, l’impopularité de ce jeu n’est vraiment pas justifiée! Moi qui n’aime pas du tout les jeux de guerres, je suis vraiment rentré dedans et ne regrette pas le voyage à Dubaï!

    • j’ai pas osé refaire le jeu en plus difficile que normal parce que je me suis dis que les soucis de jouabilité qui m’agaçaient deviendraient affreusement punitifs en hard et plus, donc bon^^ » Là, ça va, il me fallait plusieurs balles pour mourir, mais ça reste super rageant devoir ton perso refuser de se planquer et trottiner gentiment alors qu’il se prend des rafales de mitrailleuse >_<"

      Mais ouais, je comprends pas qu'il ait fait si peu parler de lui…

Un mot à ajouter ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s