[Jeu] L.A. Noire

coverLicone yeaahos Angeles, fin des années 40. Une ville aussi florissante en apparence qu’elle est pourrie de l’intérieur. Pendant que les jolies paysannes montent dans la grande ville avec l’espoir onirique de briller de milles feux sous les projecteurs, les gangs de rues se frottent les mains. Tous ces jeunes gens perdus, tous ces ex-soldats ayant frôlé la mort durant la grande guerre, quel meilleur contexte pour distribuer drogue et armes dans les rues. Al Capone a eu son heure de gloire à Chicago, c’est désormais au tour de L.A. de se gangrener, du petit tripot du coin jusqu’à la police et au gouvernement.
Cole Phelps, médaillé de guerre, commence sa vie de policier en arpentant le bitume. Mais bien vite, son intelligence, sa droiture et son sens de la justice vont lui permettre de remonter de nombreuses filières, lui valant les feux de la rampe, pour le meilleur et surtout pour le pire.

Ambiance noire pour polar noir...

Ambiance noire pour polar noir…

L.A. Confidential, évidemment, mais aussi tous les films du genre polar noir comme les Incorruptibles, voilà l’ambiance sublime qui émane du jeu. Parmi la fumée des cigarettes et l’excellentissime musique jazzy, on ne peut que s’immerger très rapidement dans le jeu. Les moments calmes se savourent, les instants de tension nous tiennent en haleine, et les scènes d’action menées à la dure, façon police brutale sont prenantes. Rien à dire, l’ambiance fonctionne parfaitement.

Et c’est bercé par cette ambiance qu’un scénario va se dessiner au fil de la montée en grade du héros, ou de ses changements de brigade. Un scénario piochant allègrement dans les classiques du cinéma, ce qui le rend certes assez prévisible pour la majeure partie, mais de qualité, notamment en abordant des thématiques fortes comme l’insertion sociale des anciens soldats et leurs traumatismes de guerre.
Je tiens quand même à noter la catastrophique immersion d’une histoire d’amour sortie de nulle part à un moment donné de l’histoire. Même pas l’excuse de vouloir mettre une scène croustillante, on ne verra rien, ni sexe, ni sentiment, ni logique, ni justification. Ça sort de nulle part et ça bouleverse une partie de la vie du héros comme un cheveux sur la soupe, je n’ai juste pas compris.

On pourra aussi noter quelques baisses de rythme, entre deux grosses enquêtes, et des phases dures à comprendre par effet de narration ou par complexité du background. Mais si ce n’est pas un défaut en soi, ça le devient si le gameplay ne prend pas le relais par ses sensations ou son plaisir direct. Et il y a là quelques lacunes embêtantes. Rien de catastrophique, mais un brin gênants.

Simple flic de quartier au début, on ne mettra pas longtemps à attirer les ennuis...

Simple flic de quartier au début, on ne mettra pas longtemps à attirer les ennuis…

Tout d’abord, les gunfights qui sont assez inégaux. La jouabilité est plutôt basique, et même la meilleure ambiance du monde laisse transparaître beaucoup de répétitivité. Le level design ne sert quasiment jamais à modeler les affrontements, et hormis deux ou trois moments très intenses, notamment dans la dernière enquête, on fait un peu tout le temps la même chose. Rouler en suivant sa cible ou le poursuivre à pied, et l’achever de quelques balles automatiquement ciblées ou se battre au poing selon ce que le jeu décide pour nous de façon scriptée. Et ce pendant une vingtaine d’affaires principales et une quarantaine de délits secondaires. Sur 15h de jeu, la redondance est flagrante.

Mais après tout, ce qui fait le sel de L.A. Noire, comme les développeurs l’ont tant vanté à la sortie du jeu, ce sont les visages hyper réalistes des personnages permettant des interrogatoires criants de vérité. Et autant dire qu’en effet, techniquement parlant, c’est assez bluffant. Rarement un jeu, même aujourd’hui, n’a atteint une telle précision dans les mouvements de visage. Mais se frotter à la perfection à ce point, c’est aussi mettre des projecteurs énormes sur le moindre défaut.

une quantité assez énorme d'acteurs très reconnaissables a été embauchée pour les séances de motion capture.

une quantité assez énorme d’acteurs très reconnaissables a été embauchée pour les séances de motion capture.

Du coup, chaque regard trop figé, chaque mimique un tant soit peu ratée saute aux yeux. Un mal pour un bien, tout dépend comment on voit la chose. Surtout que les mouvements corporels sont, eux largement plus basiques, ce qui donne parfois l’impression de visage filmé sur un corps animatroniques… mais toujours est-il que d’un point de vue visuel, on s’habitue à ces petits écarts et on apprécie grandement de voir des visages aussi travaillés.

Là où le bas blesse à mes yeux, c’est que le système d’interrogatoire qui en découle ne suit pas vraiment. Déjà parce que repérer les menteurs se résume bien vite à regarder si le suspect va bouger les yeux à gauche et à droite après avoir parlé, mais surtout à cause de l’imprécision de nos interactions. En effet, face à une réplique de l’interrogé, on dispose de trois choix : vérité, doute, ou mensonge. Vérité revient en gros à acquiescer et attendre la suite. Mettre en doute se fait obligatoirement de façon agressive, par la menace et la pression et sans aucune subtilité. Et quand la phrase du témoin était longue et abordait plusieurs points, impossible de savoir quel aspect notre héros va mettre en doute. On se retrouve donc bien souvent embêté, à pester que ce n’est pas du tout ce qu’on voulait répondre. Et accuser de mensonge entraîne ce même défaut de manque de contrôle sur la direction de l’interrogatoire, avec en plus la contrainte de devoir prouver le mensonge avec un élément du dossier. Donc non seulement, on est saoulé de ne pas dire du tout ce qu’on voulait, mais on doit justifier quelque chose qu’on ne pense pas…

Si les photos trouvables sur le net jouent le cadrage pudique, ce n'est pas le cas du jeu qui oublie agréablement toute sexualisation ou pudeur déplacée dans une enquête de police. On enquête sur un corps de femme nue, violée et tabassée à mort ? alors c'est ce qu'on verra, et sous toutes les coutures. Et c'est une maturité qui fait plaisir dans un jeu vidéo.

Si les photos trouvables sur le net jouent le cadrage pudique, ce n’est pas le cas du jeu qui oublie agréablement toute sexualisation ou pudeur déplacée dans une enquête de police. On enquête sur un corps de femme nue, violée et tabassée à mort ? alors c’est ce qu’on verra, et sous toutes les coutures. Et c’est une maturité qui fait plaisir dans un jeu vidéo.

Un flou très frustrant et agaçant, qui nous pousse assez vite à subir les interrogatoires plutôt qu’à les mener. Surtout quand on se rend compte que rater toutes nos réparties ne change pas grand chose. Si une info importante devait nous être transmise à ce moment là de l’histoire, le témoin le fera quand même dans une cinématique à la fin de l’interrogatoire. Et au pire, on aura un message dans les statistiques de fin de mission qui nous dit qu’on aurait pu aller directement à tel endroit en ayant réussi nos réponses. Pas très punitif, pas très permissif, et donc pas très motivant.

Malgré cette légère déception sur l’aspect enquête du jeu, L.A.Noire est un bon jeu, avec une grosse marge de progression pour une éventuelle suite, mais avec une atmosphère tellement immersive qu’on l’excuse de ces quelques errements, dont l’impact aurait pu être très simplement amenuisé en réduisant la durée de vie de quelques heures.

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Classé dans Article par Edward, Jeu Vidéo

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