[Manga] A silent voice, vol 1

Il n’est pas dans mes habitudes de faire un post sur le volume 1 d’une série. Non habituellement j’attend d’avoir lu la série (et puis j’oublie / perd la motivation d’écrire KOF).

Mais la, j’ai été tellement retournée par la lecture du 1ere tome de « A silent voice » (initialement intitulé Koe no katachi) qu’il fallait que j’en parles. D’autant plus que la structure de l’histoire pourrait quasiment être celle d’une one shot. Alors du coup je vais « spoiler » dans le sens ou je vais quasiment raconter la moitié du volume mais au final, ce que je vous dirait, c’est ce que je savait, et ça ne m’a pas empêché d’apprécier l’histoire.

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Je ne savais pas grand chose de ce que je m’apprêtais à lire. J’avais vaguement notion de la présence d’un gamin qui embêtait une petite fille sourde, du thème de l’ijime abordé. Et surtout les échos de l’otakusphere qui criait au génie avec cette série. Cette idée m’avait été renvoyée par suffisamment de personnes dont j’appréciais les critiques pour que j’achète ce 1er volume les yeux fermés.

Koe no katachi, c’est donc l’histoire de Shoya, un petit garçon de CM1 tout ce qu’il y a de plus normal. Certes il est turbulant, casse-coup, mais pas si spécial. Il a une famille plus ou moins normale (un père absent, une mère coiffeuse gentille qui s’occupe bien de lui, une grande sœur qui enchaine les petits amis et semble toujours dormir), l’école l’ennui et il cherche juste à s’amuser via des tests de courage avec ses copains.

Sauf que l’enfance fini bien un jour, et les prémices de cette fin, ce sont ses copains qui finalement se dérobent aux tests de courage parce qu’il faut du temps pour aller aux cours particuliers, pour l’avenir, parce qu’il y a bien un moment ou il faut s’arrêter. Ce moment coïncide avec celui de l’arrivée d’une nouvelle élève, Shoko, qui a la particularité d’être malentendante.

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Shoko est patiente et gentille et cherche à mener la scolarité la plus normale possible, communiquant avec les autres via un cahier qu’elle porte toujours sur elle. Shoya va se mettre à faire une véritable fixette sur cette petite fille, très intrigué par son handicap. Rien de véritablement méchant au début. Des taquineries. Et puis la machine s’emballe et la petite fille se retrouve maltraitée par toute la classe. C’est un phénomène hélas courant au japon qui s’appelle l’Ijime.

Comment est-ce que cela arrive ? Quel a été l’élément déclencheur ? Avec le regard objectif du lecteur, on peut presque le dire. Presque. Mais aurait-ce été empêchable ? Je ne crois pas.

Il y a quelque chose de saisissant à lire le lent changement d’atmosphère qui s’opère autour de Shoko. Alors qu’à son arrivée, la classe est globalement bienveillante à son égard, bien vite son handicap dérange. Elle ralentie la classe à communiquer en écrivant, elle empêche les élèves assit autour d’elle d’écouter en leur posant des questions sur ce qui a été dit et qu’elle n’a pas put entendre, et elle bousille le club de chant de l’école. Entre l’agacement et les taquineries de Shoya qui font vite boule de neige, l’issue est irrémédiable.

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Ce manga dénonce le phénomène d’ijime sans pathos, avec une incroyable lucidité. Il dénonce également le traitement réservé au « clou qui dépasse » au japon, et au peu de soins apportés aux handicapés. J’ai toujours entendu dire qu’il ne faisait pas bon être handicapé au japon, que les structures et les adaptations n’étaient guère présentes. Ce manga semble l’illustrer. Pourquoi Shoko n’a t’elle pas d’interprète avec elle ? Manque financier, manque de personne compétente ?

La prof de musique veut entrainer les élèves à apprendre le langage des signes pour pouvoir communiquer avec Shoko. Et la, la classe se rebiffe. Pourquoi serait-ce à eux de faire des efforts, alors que c’est elle qui a un problème ? Tout est dit dans cette réaction des enfants. Une mentalité plus ou moins présente dans le monde dès qu’on parle de handicap, il va souvent de soit que c’est à l’handicapé de faire des efforts pour atteindre la normalité, parce que c’est lui l’erreur, c’est lui qui n’est pas normal (c’est ce qu’on appelle l’ableism, capacitisme en français). Dans notre contrées, on a tout de même des associations, des structures, bref des choses mises en oeuvre pour aider les personnes souffrant d’un handicap. Mais visiblement, Shoko n’a que son cahier pour l’aider.

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On peut aussi parler du prof, qui n’est pas méchant, mais ne prend pas suffisamment la défense de Shoko à mes yeux. Ou peut-être fait-il de son mieux mais ne peux pas faire mieux parce qu’il n’a pas été formé ? Aurait-il agit différemment s’il avait été sensibilisé au handicap de son élève et sur comment l’intégrer dans la classe ? Il est surpris à son arrivé de constater qu’elle est malentendante. Il n’avait pas été prévenu. Le problème ne vient-il pas plutôt de la ?

Le plus impressionnant dans tout cela, c’est qu’à aucune moment on ne peut détester Shoya. Ce n’est pas un méchant garçon, il n’a jamais pensé à persécuter Shoko. Il voulait juste s’amuser, il était juste curieux. La classe l’a soutenu et les taquineries se sont multipliées jusqu’à en devenir violentes. Mais il n’avait rien prémédité, faisait tout sans arrière pensée. Un tableau bien réaliste de l’enfance.

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Il y a encore beaucoup de choses à dire, mais je vous laisse la surprise de la lecture. En effet, ce phénomène d’ijime va aboutir sur quelque chose auquel je ne m’attendais pas du tout, et c’est encore une fois saisissant à lire.

Un petit mot sur le dessin tout en rondeur très agréable qui tranche de manière intéressante avec la dureté du sujet abordé en plus d’être fort agréable à l’œil (même s’il m’a un peu rebuté au 1er coup d’œil, un peu trop « moé » à mon gout si j’ose l’expression, mais j’ai vite oublié ce 1er ressentit)

Ce manga est un chef d’œuvre narratif que je vous conseille vivement d’acheter, dont j’attends impatiemment le second volume. Vu la manière dont s’est conclu le 1er je n’ai aucune idée de vers quoi l’histoire va tourner, mais vu la virtuosité narrative et scénaristique du 1er, j’ai entièrement confiance. Attention cependant si le thème vous touche trop profondément.

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2 Commentaires

Classé dans Article par Plumy, Bande Dessinée

2 réponses à “[Manga] A silent voice, vol 1

  1. un article très intriguant, ça donne envie de le lire^^

  2. Une bonne chronique qui donne envie en effet! Merci Plumy

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