Lou ! Journal infime

lou-journal-infime-afficheicone yeaahLou est une jeune ado qui vit avec sa mère. L’une adore collectionner des trucs, l’autre aime les jeux vidéo et cocooner, et les deux aiment leur vie, leur appartement, leur relation… enfin jusqu’à un certain point. Car quand le crush de Lou sur son voisin devient sujet de discorde avec sa meilleure amie et que sa mère s’enlise dans des soucis d’argent et vit de plus en plus en prostrée sentimentale, il est plus que temps de se faire violence et de sortir un peu de ses habitudes. Mais entre se secouer et conserver ce qui fait que l’on est soi-même, la frontière est ténue… surtout quand la grand-mère passe quelques jours à la maison.

Lola Lasseron a un jeu d'acteur excellent et une frimousse tellement adorable <3

Lola Lasseron a un jeu d’acteur excellent et une frimousse tellement adorable ❤

Le cinéma français, c’est sérieux, c’est lent, c’est chiant… oui, c’est une généralité un peu facile, mais force est de constater qu’il est souvent perçu ainsi par le grand public et qu’il a bien du mal à se sortir de ses enclaves. Mais après Jean-Pierre Jeunet et Michel Gondry, c’est aujourd’hui Julien Neel, le papa de la BD dont est tirée le film, qui s’attelle à la tâche ardue de bousculer les habitudes visuelles pour se créer un univers propre. Et ce pour un résultat hallucinant de beauté et de précision.

Squat sur le toit avec sa mère et sa meilleure copine pour mater Tristan, le mignon petit voisin d'en face.

Squat sur le toit avec sa mère et sa meilleure copine pour mater Tristan, le mignon petit voisin d’en face.

Imaginez un lit de coton, garni de marshmallow, dans lequel vous vous blottiriez en regardant défiler devant vos yeux tout un bric-à-brac rassurant de nostalgie et de signification. Tous ces objets qu’on accumule dans une vie, mais dont on se débarrasse au fur et à mesure parce que ça prend la poussière, ça moisit, ça vieillit. Dans Lou, c’est comme dans un rêve. Tout ce fatras est à la fois vieux et impeccable, rugueux et doux, bordélique et harmonieusement coloré. On ne pourrait pas vivre dans un endroit pareil, mais on a envie d’y vivre le temps du film avec elle. Et cette sensation se retrouve partout. La pizzeria en bas de l’immeuble, l’immeuble en lui-même, la rue, et le toit ! Aah, le toit… Jamais un toit d’immeuble ne m’aura autant fait envie d’y passer mes journées. Et toute cette atmosphère est englobée dans une musique douce et mélancolique, et une photographie pastel et légèrement floutée par endroit pour renforcer la sensation brumeuse et confortable.

Le film se permet des passages surréalistes sortis de nulle part, oubliant toute logique pour transmettre de l'émotion brute, un ressenti visuel palpable.

Le film se permet des passages surréalistes sortis de nulle part, oubliant toute logique pour transmettre de l’émotion brute, un ressenti visuel palpable.

Mais le point le plus impressionnant d’audace et de maîtrise vient de la mise en scène qui choisit elle aussi la voie du patchwork. Un patchwork de styles. Les scènes « simples » sont sans cesse bousculées pour laisser la place à des animations en photographies qui défilent, à des passages en format de vieille VHS et de poupées animées, à des analogies hors de la réalité, ou encore à ces passages hilarants en dessin animé. Et ne parlons pas des génériques de début et de fin qui font un beau nœud à ce paquet cadeau, fabriqué à la main avec une minutie exemplaire à partir de pièces détachées trouvées à la brocante du coin. Tout ce film est un patchwork, et c’est beau.

Mais si tout ce background fonctionne parfaitement, ce n’est pas par son scénario, qui en lui-même n’a rien d’extraordinaire. Quelques tranches de vie, une ou deux histoires d’amour, des relations d’amitié… la trame principale est plutôt convenue et n’a rien de révolutionnaire, même si la fin prévisible a une grosse nuance intéressante dans son traitement.

les techniciens qui ont fait la déco ont dû s'amuser comme des petits fous !^^

les techniciens qui ont fait la déco ont dû s’amuser comme des petits fous !^^

Non, ce qui fait qu’on ne s’ennuie jamais dans Lou, ce sont les personnages. Touchants, drôles, absurdes, farfelus, bardés de tics et de hobbies qui prêtent à sourire, ils débordent tous d’une humanité palpable. Et tous, même s’ils commencent volontairement dans la caricature, vont développer leur personnalité à travers parfois peu de dialogues pour certains, mais des dialogues justes, intelligemment écrits, qui nourrissent et donnent de la consistance aux rôles. En particulier pour Lou et sa mère.

Lou est donc un magnifique moment à passer, entre éclat de rire et larme à l’œil, on reste avec un sourire béat pendant plusieurs heures face à cette vision de cinéaste remarquable. Et c’en est d’autant plus désolant de voir que les critiques de presse descendent globalement le film, très certainement trop bousculés dans leur rigidité de perception. Je peux comprendre que le côté guimauve ou le visuel déstabilisant puisse ne pas plaire à ceux qui aiment le classicisme, mais le cinéma est fait pour émerveiller, pour surprendre, pour sublimer… et Lou le fait parfaitement, et c’est bien trop rare pour se permettre de ne pas le voir.

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Classé dans Article par Edward, Film

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